Obésité : lien entre motivation et consommation d’aliments gras et sucrés dans l'axe intestin-cerveau

À travers une série d’expériences chez la souris, des chercheurs montrent une suractivation du système cérébral de la motivation lorsque l’intestin reçoit simultanément des lipides et des sucres. Des résultats prometteurs pour traiter l'obésité.

Par Laurent Feneau, publié le 27 juin 2024

Obésité : lien entre motivation et consommation d’aliments gras et sucrés dans l’axe intestin-cerveau

Et si la recherche d’aliments à la fois gras et sucrés n’était pas un phénomène simplement lié à la saveur plaisante de ces aliments, mais à un phénomène post-ingestif, inconscient, lié à l’axe intestin cerveau ? C’est ce que suggèrent les travaux* publiés dans Cell Metabolism, qui démontrent l’existence de circuits neuronaux parallèles propres à chaque macronutriment, aux effets additifs sur la motivation à rechercher et consommer des aliments à la fois gras et sucrés. Premier point fort des résultats, des techniques poussées d’imagerie ont permis aux chercheurs de révéler in vivo l’existence de deux sous-populations de neurones vagaux distinctes, à la répartition spatiale spécifique, activés différentiellement suite à la perfusion duodénale de nutriments : une première population de neurones spécifiquement activée par des lipides (huile de maïs), une seconde spécifiquement activée par le sucre (saccharose).

Des résultats intéressants pour le traitement de l’obésité

Les chercheurs montrent ensuite que l’activation des deux sous-populations de neurones par l’injection de l’un ou l’autre nutriment au niveau digestif entraîne la sécrétion de dopamine au niveau cérébral. Là aussi, à toutes les étapes du système cérébral de la récompense, des populations distinctes de neurones s’activent sous l’effet de l’un ou de l’autre nutriment. Enfin, les chercheurs ont voulu tester les implications de l’existence de ces deux circuits parallèles en présence d’aliments à la fois sucrés et gras. Résultats ? Les souris affichaient une consommation plus importante lorsqu’elles recevaient dans leur tube digestif des perfusions contenant à la fois des lipides et du sucre, par rapport à ces nutriments injectés isolément

Pour les chercheurs, l’existence de ces circuits parallèles aux effets additifs sur la motivation, pourrait être l’un des mécanismes post-ingestifs clés – échappant à tout contrôle conscient – expliquant l’attrait important pour les aliments à la fois gras et sucrés, typiques du régime occidental obésogène. Ces travaux pourraient servir de point de départ au développement de thérapies ciblant ces circuits pour le traitement de l’obésité.

Source : McDougle M, de Araujo A, Singh A, Yang M, Braga I, Paille V, Mendez-Hernandez R, Vergara M, Woodie LN, Gour A, Sharma A, Urs N, Warren B, de Lartigue G. Separate gut-brain circuits for fat and sugar reinforcement combine to promote overeating. Cell Metab. 2024 Feb 6;36(2):393-407.e7. doi: 10.1016/j.cmet.2023.12.014.

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